Le métier de coordinatrice d’intimité au Québec : une nouvelle profession au sein de l’industrie audiovisuelle

Stéfany Boisvert (École des médias), avec Anouk Bélanger (Département de communication sociale et publique)
L’ère « post-Weinstein », terme indiquant un point de non-retour à la suite de l’affaire Weinstein, a eu un effet révélateur dans l’industrie audiovisuelle en permettant de mettre à jour un système de pouvoir genré, construit autour de la légitimation du harcèlement et des agressions sexuelles dans l’industrie audiovisuelle et médiatique, ainsi que la nécessité de changements structurels à long terme. Le métier de coordinatrice d’intimité, créé en 2016 aux États-Unis, émerge de ce contexte et peut être compris comme une réponse effective en ce sens.
La coordinatrice d’intimité assiste l’équipe créative et les actrices et acteurs dans la préparation des scènes de sexe ou de nudité, tout en s’assurant que la dignité de ces personnes soit respectée, et ce, à partir d’un contrat établi avec la production. Durant le tournage, la coordinatrice d’intimité agit à titre de superviseure. Elle s’assure notamment que le tournage soit réalisé avec une équipe aussi réduite que possible. Cette fonction vise également à s’assurer que les exigences des actrices et acteurs sont respectées quant au filmage de leur corps (positionnement des caméras, échelle des plans, éclairage), ou encore en vérifiant que des accessoires sont prévus pour cacher certaines parties des corps durant le tournage ou les pauses.
Sa présence impose ainsi des conversations, des questions, des ajustements jusque-là inexistants dans l’industrie. Surtout, elle ajoute un maillon à la chaîne de production des représentations, qui consiste également en une chaîne de production de rapports de pouvoir dans l’industrie. Il s’agit donc là d’un nouvel espace de construction de sens et de rapport qu’il importe de documenter.
En date, un seul projet de recherche scientifique a été mené sur les coordinatrices d’intimité, à l’Université de Glasgow en Écosse. L’objectif de cette recherche est par conséquent de mener une première étude de terrain pour, d’une part, documenter son introduction au sein de l’industrie audiovisuelle québécoise et, d’autre part, approfondir la réflexion sur les conditions actuelles de production des contenus audiovisuels au Québec à partir d’une perspective féministe.
Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et Antenne RéQEF-UQAM





